Top 14 : "Les critiques ? Bien sûr que je les lis… Mais j’en ai l’habitude !", Jerónimo de la Fuente se confie sur son rôle de capitaine à l’USAP
À 34 ans, Jerónimo de la Fuente va disputer sa sixième saison à l’USAP. Parfois critiqué pour un style de capitanat jugé trop discret, l’Argentin assume sa personnalité. Fidèle à lui-même, il défend une autre vision du leadership, tournée vers le collectif et la confiance.
Pour la première fois de votre carrière, vous n’êtes pas parti avec la sélection argentine durant l’été. Cela vous a-t-il fait du bien ?
Oui, bien sûr, parce qu’on a eu une longue saison. Mais ce qui fait surtout du bien, c’est de faire une vraie présaison, en plus du repos que j’ai pu avoir. Puis, j’ai pu rester avec ma famille. C’est pour ça, aussi, que j’ai pris la décision de rester au club et d’arrêter avec les Pumas. Même si je ne l’ai pas officialisé à la presse, c’est une décision personnelle, pour ma famille et pour l’USAP. Je suis bien dans ma tête. Le club, c’est vraiment quelque chose d’important pour moi et je vais tout donner jusqu’au bout.
Comment avez-vous vécu la saison dernière ?
Pour moi, c’était la plus difficile depuis que je suis là (il est arrivé en janvier 2021, NDLR). Avec tous les blessés qu’on a eus la saison dernière, dont beaucoup de joueurs avec un profil de leader qui t’aide sur le terrain, c’est compliqué. Tu le ressens. Ça a vraiment été dur sur un plan mental. Mais il faut retenir qu’on a réussi à rester en Top 14. Maintenant, c’est une nouvelle saison et on veut viser plus haut.
Vous parlez de leadership, il en a été beaucoup question durant l’intersaison. Quelle est votre position par rapport à ça ?
Avec Franck (Azéma), je parle tout le temps. Même avec David (Marty). On parle tout le temps des petits trucs qu’il y a sur l’équipe, comment gérer la pression… Ici, à l’USAP, on a la pression tout le temps. Les supporters se nourrissent de ça. Nous, les leaders, devons la transmettre au groupe comme une motivation pour aller chercher quelque chose de plus, améliorer l’ambiance dans le vestiaire et s’améliorer sur le terrain. Nous avons des standards à atteindre. On ne veut pas juste rester en Top 14. On veut s’y installer. Donc, mon rôle, c’est d’être le premier partout afin d’amener tout le monde. C’est ce qui me caractérise un peu.
La comparaison est souvent faite avec Mathieu Acebes, qui était un capitaine extraverti ou plus "gueulard", ce qui est l’inverse de votre personnalité. Cela vous touche ?
Bien sûr que je lis les critiques. Mais j’en ai l’habitude aussi, je viens d’Argentine… Là-bas, ça parle toujours beaucoup. Mais si je suis aujourd’hui capitaine de l’USAP, c’est parce que je suis moi-même. Si un coach te dit que tu vas être capitaine, mais que tu changes ta personnalité, ça ne va pas, je trouve. Bien sûr qu’il faut s’améliorer, être beaucoup plus attentif à certaines choses. Effectivement, je ne suis pas un mec qui va vers les arbitres pour critiquer ou beaucoup parler. Ils ont déjà assez de pression. Mais j’ai toujours eu de bons retours de leur part. Après, oui, il y a des gens qui préféreraient autre chose, je le sais.
Sur sa dernière saison, justement, Mathieu Acebes avait renoncé au capitanat. Cela vous a-t-il traversé l’esprit ?
Ce que je veux, c’est le meilleur pour l’équipe. Je l’ai dit à Franck (Azéma). S’il sent à un moment que je ne suis plus au niveau ou que je ne suis plus capable d’être capitaine, je veux qu’il me le dise. Même moi, je vais être le premier à le dire si je sens que quelqu’un d’autre doit prendre ce rôle. C’est un honneur d’être capitaine de ce club, mais je veux le meilleur pour l’USAP. Si ça arrive, il n’y aura pas de problème. Franck et moi avons une relation de confiance par rapport à ça. Concernant Mathieu (Acebes), il m’a toujours dit que quand il partirait, je serai le prochain capitaine de l’USAP. C’est un grand ami, et il m’a appris à bien gérer cette équipe et même la ville.
De quels joueurs allez-vous être entouré ?
Je crois qu’on a pas mal de joueurs qui sont capables d’être des leaders. Jaco (van Tonder) et "Veve" (Lucas Velarte) vont être très proches de moi. Mais ce sera aussi le cas de mecs comme Tom Ecochard, "Lala" (Seilala Lam), Tommy Allan… Ce sont des joueurs avec beaucoup d’expérience qui, parfois, prennent la parole aux entraînements ou dans le vestiaire. On a un groupe vraiment serré, donc ça donne de la confiance à tout le monde pour se permettre de dire des choses. Par exemple, à Grenoble, j’avais demandé à "Veve" de parler, et il l’a trop bien fait ! C’est sorti sur tous les médias et ça m’a fait du bien. Parce qu’il est un mec du club et que tout le monde doit être porté par l’énergie de Lucas. C’est pour ça que, parfois, je demande à des mecs de parler. C’est important qu’il n’y ait pas qu’une seule parole.
En plus, le recrutement effectué va vous amener d’autres joueurs expérimentés…
Je vois des mecs avec un niveau qu’il n’y avait pas les dernières saisons. Je trouve que nous sommes beaucoup mieux et beaucoup plus prêts que l’été dernier après la préparation. Mais bon, maintenant, il va falloir le montrer sur le terrain. En tout cas, ça va être compliqué pour le staff de mettre 23 joueurs sur le terrain (sourire)…