Top 14 / XV de France – Les joueurs en surpoids ont-ils vraiment plus de chance de se blesser ?
La blessure de Posolo Tuilagi et la réaction de son manager en conférence de presse ont ouvert un débat sur la gestion du poids dans le monde du rugby professionnel et ses conséquences. Préparateur physique, ancien joueur et nutritionniste tentent d’apporter des explications.
Le week-end dernier Posolo Tuilagi, deuxième ligne de l’Usap, a dû quitter la pelouse de Béziers plus tôt que prévu. Sorti sur blessure lors du match contre Montpellier,
l’international français (5 sélections), souffre d’une entorse du genou. Une grande perte pour le club catalan qui va devoir se passer de l’un de ses hommes forts pour plusieurs semaines.
À chaud, Laurent Labit, nouveau manager de l’Usap, expliquait :
"Le championnat, il est d’une densité terrible aujourd’hui, et Posolo le premier, comme d’autres doivent le comprendre. On ne peut pas revenir de 10 jours d’arrêt avec 5 ou 6 kilos de trop, ça met en difficulté la reprise, on ne peut pas avoir des charges de travail cohérentes, et à la sortie, on se blesse. […] Il faut aussi qu’il comprenne qu’on a besoin de lui, qu’il doit être à 100 %, que le club a beaucoup investi sur lui, et aujourd’hui, il faut arrêter de se cacher. On attend de nos joueurs la meilleure version d’eux-mêmes."
Une réaction qui soulève de nombreuses questions concernant les blessures des joueurs professionnels et leurs causes. Mais, un joueur en surpoids a-t-il vraiment plus de chances de se blesser ?
"Oui, forcément ! Mais, il y a plein de facteurs qui entrent en compte" pose tout de suite Carmeron Ruiz, préparateur physique de l’US Montauban passé par Toulon.
"Il y a un lien poids-performance et poids-blessure même s’il est parfois plus difficile à identifier. Le rugby reste un sport de déplacement et à partir de ce moment-là, on a des données physiques de watt par kilos" explique le Montalbanais avant de préciser :
"la manière dont on peut se blesser est multifactoriel. Ça peut être articulaire, musculaire ou même osseux. Ces blessures peuvent être liées à du sur-entraînement ou du contact plus qu’au poids. Bien sûr, c’est un facteur aggravant". En ce sens, et depuis de nombreuses années, le poids est devenu un élément central de la performance. Ce qui explique l’importance de la pesée, a minima, hebdomadaire dans l’ensemble des clubs.
Des zones sensibles et un type de blessure identifié
Cet impératif, Malik Hamadache, ancien pilier droit, l’a bien connu :
« Je l’ai vécu. Le poids a toujours été regardé dans le sport de haut niveau puisqu’il est lié à la performance. Il faut y faire attention mais les blessures ne sont pas forcément liées au facteur poids. J’ai passé cinq saisons à Albi et Pau, sans blessures, pourtant, j’étais très lourd. Au contraire, je me suis parfois blessé alors que je n’étais pas forcément plus lourd » raconte l’ancien agenais avant de tempérer sur le cas de Posolo Tuilagi :
« Quand Posolo franchit la ligne d’avantage et casse des plaquages, le poids ne dérange pas. Cette fois, il revient de blessure, il se blesse à nouveau et le poids dérange. Il ne faut pas être à géométrie variable ». Et l’actuel président de Provale, syndicat des joueurs, relève une notion importante. Dans certaines situations, le poids peut être un avantage. Sarah Bredon, nutritionniste de la Section paloise tient à expliquer :
« Chez les avants, on peut avoir des taux de masses grasses qui sont plus élevés mais ils en ont besoin pour encaisser certains chocs. Cela peut être protecteur selon le poste. Ensuite, il y a bien sûr une limite à ne pas atteindre qui transforme le tout en contrainte, quand la masse musculaire n’est pas assez importante par exemple ».
S’il est aujourd’hui difficile d’identifier clairement la cause de certaines blessures, il reste indéniable qu’un joueur considéré en surpoids, c’est-à-dire en moyenne au-delà de 3 à 5 % du poids de base, possède des zones plus sensibles :
« Chez les joueurs en surcharge pondérale, il y a des zones sensibles : le genou et les chevilles. Plus globalement le bas du corps. On leur demande de se déplacer dans différents axes et à différentes vitesses, parfois avec de la rotation. C’est à ce moment-là qu’il peut y avoir des blessures sachant qu’il faut prendre en compte la fatigue du match au fil des minutes. Si on doit identifier un type de blessure, c’est plus souvent musculaire ou articulaire » détaille Cameron Ruiz.
L’hygiène de vie, seule véritable solution
In fine, en cas de surpoids, il n’y a en réalité pas vraiment d’autres solutions qu’une hygiène de vie correcte pour limiter les risques qui existent.
« C’est difficile parce que la gestion du poids c’est avant tout une question d’hygiène de vie, ce qu’on mange, ce qu’on boit, la qualité de sommeil… Et malheureusement, on ne peut pas tout contrôler » concède le préparateur physique. C’est à ce moment-là qu’interviennent les nutritionnistes, dont la majorité des clubs professionnels disposent désormais.
À Pau, c’est donc Sarah Bredon qui est en charge de ce volet. Au club depuis 8 ans, la jeune femme a vu l’importance de son métier exploser au cours des dernières années. Dans le Béarn, elle effectue un travail de fond :
« Il est clair qu’une bonne hygiène de vie est la solution. Ici, chaque joueur a un suivi personnalisé avec un plan à suivre selon leurs besoins nutritionnels. On ne peut pas contrôler les joueurs quand ils ne sont pas au club donc il est essentiel de proposer un maximum de repas communs ou de collations communes. Cela permet d’optimiser le contrôle du poids. Plus on va leur offrir de possibilités, mieux le plan sera tenu ». Et ce sont sans doute les joueurs eux-mêmes qui ont les cartes entre les mains.